Pour toute société propriétaire de locaux commerciaux, la restitution du dépôt de garantie n’est plus un simple détail administratif. L’article 1344-1 du Code civil déclenche des intérêts moratoires dès la première mise en demeure, tandis que la jurisprudence – et bientôt la loi – impose un plafond pratique de trois mois après la remise des clés.
Passé ce délai, le bailleur s’expose à des dommages-intérêts et voit sa réputation entamée auprès des locataires solvables. Deux leviers permettent de sécuriser cette obligation : fixer un calendrier interne rigoureux et documenter chaque retenue de manière irréprochable.

1 - Maîtriser le délai : de la règle implicite au futur texte légal
Comprendre la source du risque
Le statut des baux commerciaux ne fixe aucun délai spécifique, mais le droit commun pèse lourd :
- Responsabilité contractuelle (art. 1231-1 C. civ.) : tout retard injustifié doit être réparé intégralement.
- Intérêts moratoires (art. 1344-1 C. civ.) : ils courent dès la mise en demeure, capitalisables au bout d’un an.
- Prescription quinquennale (art. 2224 C. civ.) : le preneur dispose de cinq ans pour agir.
La jurisprudence pose un plafond de fait
Les cours d’appel jugent qu’un délai raisonnable ne doit pas excéder deux à trois mois. L’arrêt Paris, 3 avril 2025 (SCI Ava c/ MTO) confirme la tendance : six mois de silence, 10 685 € restitués, intérêts légaux et 4 000 € de dommages-intérêts pour résistance abusive. Cette décision scelle une règle : sans circonstances exceptionnelles démontrées, la faute est quasi automatique.
Une borne bientôt gravée dans le Code de commerce
Le projet de loi de simplification de la vie économique insérera un nouvel article L 145-40-1 : le dépôt devra être remboursé dans les trois mois suivant la remise des clés. Pour le chef d’entreprise bailleur, l’enjeu est clair :
- revoir tous les modèles de bail avant la promulgation ;
- adapter le logiciel de gestion locative à une alerte J+60 ;
- former les équipes comptables pour déclencher le virement au plus tard à J+90.
2 - Procédure interne : prévoir, tracer, restituer
Établir un calendrier en quatre jalons
- J-15 : convocation du preneur pour l’état des lieux contradictoire ; collecte des relevés de compteurs.
- Jour J : signature du procès-verbal, photos horodatées, récupération des clés. En l’absence de réserve, le dépôt doit être remboursé sous 10 jours ouvrés.
- J+30 : réception de devis ou factures pour les réparations locatives. Communication au locataire d’un état chiffré ; organisation d’un échange si contestation.
- J+60 : virement du solde non litigieux ; consignation sur un compte séquestre de toute somme discutée, assortie d’une information écrite et motivée.
Documenter chaque retenue pour éviter la contestation
- joindre devis datés ou factures acquittées ;
- justifier l’origine contractuelle de la charge (article du bail, grille de vétusté) ;
- archiver la correspondance et les preuves de transmission au preneur.
Insérer des clauses équilibrées
- Délai ferme : « Le solde du dépôt est restitué dans les soixante jours ».
- Mode de preuve : « Toute imputation est précédée d’un devis communiqué dans les trente jours ».
- Pénalité incitative : « 1 % du dépôt par mois de retard », proportionnée et validée par les juges lorsqu’elle n’est pas excessive.
Séparer le dépôt de la trésorerie
Un sous-compte bancaire réservé au dépôt de garantie :
- assure la disponibilité immédiate de la somme ;
- simplifie la preuve en cas de litige ;
- minimise l’impact d’une saisie sur le compte principal.
Évaluer le coût d’un retard
Sur un dépôt de 25 000 €, huit mois de retard au taux légal (4,06 %) génèrent 676 € d’intérêts. Ajoutez 2 500 € de frais d’avocat et 3 000 € de dommages, la note dépasse vite 6 000 € – soit 24 % du capital initial.
Pour un chef d’entreprise bailleur, restituer le dépôt de garantie dans le délai est moins une contrainte qu’un investissement : éviter un contentieux coûteux, conserver l’attractivité de ses locaux et démontrer un management responsable. En s’appuyant sur un calendrier internalisé, une comptabilité séquestrée et des clauses claires, l’entreprise transforme une obligation légale en véritable avantage concurrentiel.
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